Quand le harcèlement scolaire devient phobie sociale

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Le harcèlement à l’école ou au collège entraîne parfois des conséquences graves sur le moral et le comportement des jeunes victimes, pendant de nombreuses années.

“On m’envoyait toujours des messages de menaces, surtout pendant les vacances et les week-ends”, confie Lou, 14 ans, qui habite dans l’Essonne. La jeune fille se souvient de sa classe de cinquième, il y a deux ans. Toute l’année, elle subit des insultes et des brimades, de la part de plusieurs camarades. “On m’écrivait par exemple ‘tu vas voir à la rentrée ce qu’il va t’arriver’, c’était ça le plus stressant.”

On estime qu’environ 10% des élèves français sont à un moment ou un autre de leur scolarité victimes de harcèlement. Avec, parfois, des conséquences à long terme sur la vie de ces jeunes, des années après la fin du harcèlement à proprement parler. Le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer en a fait l’une de ses priorités, alors que la journée nationale contre le harcèlement scolaire se déroule jeudi 7 novembre.

J’étais très mal, du coup j’ai essayé de m’étrangler.

– Lou, à franceinfo

Parmi ces jeunes donc, Lou, qui finit par craquer, en fin d’année, au bout de longs mois de harcèlement. S’en suivent trois hospitalisations successives pour troubles anxieux, deux tentatives de retour au collège, en vain. Deux ans plus tard, Lou est aujourd’hui totalement déscolarisée. “Passer devant mon collège, c’est trop dur. J’ai toujours cette peur que ça recommence comme avant. Dès que je pense à ma scolarité, je pense directement au harcèlement.” Lorsqu’un adulte évoque avec Lou un retour en classe, la jeune fille développe énormément de stress.

Quand mes parents tentent de me faire travailler à la maison, même ça, dès qu’ils en parlent, je me mets à faire des crises d’angoisse, à pleurer.

– Lou, à franceinfo

Cette phobie scolaire est en fait devenue phobie sociale : “Je ne me vois pas déjà sortir de chez moi toute seule, je fais un peu une généralité sur les adolescents, je me dis que tous les adolescents vont être méchants avec moi. Je pense que toute ma vie, j’aurai des séquelles.”

La maman de Lou, Sylvie, confirme : “Avant, c’était une jeune pleine de joie, qui faisait beaucoup de blagues, qui avait une bonne confiance en elle, et tout s’est écroulé en fait, tout s’est effondré.” La mère de la jeune fille décrit des situations du quotidien devenues difficiles. “Il y a certaines choses qu’on ne comprend pas. Quand on arrive dans le métro par exemple et qu’elle fait une crise d’angoisse parce qu’elle voit trois ados, on lui dit ‘allez ça va aller, prends sur toi’, mais ce n’est pas possible en fait. Elle ne peut pas prendre sur elle, elle est tellement fragile, elle est hypersensible.”

Lou ne parvient toujours pas à retourner au collège. Vue de sa chambre, le 24 octobre 2019. (ALEXIS MOREL / RADIO FRANCE)

Le regard des autres, aussi, est dur à supporter, confie Sylvie : “On se sent assez jugé. Il y a pas mal de jugements de certains amis, de certains membres de la famille, qui disent ‘c’est bon, oblige-la à aller en cours, ça passera’. Mais non, ce n’est pas possible.”

Quand le jeune subit du harcèlement, on ne s’imagine pas que ça va durer des années et des années.

– Sylvie, la mère de Lou à franceinfo

“Toute cette souffrance pour des insultes qui dont duré quelques mois…” Alors Sylvie s’est fait une raison : pas question de forcer Lou à retourner au collège pour l’instant. La famille prendra le temps qu’il faudra.

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