“C’est au bout du monde que je me suis trouvé moi-même”

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Jean-Louis Aubert en concert à Hauterives (Drôme) le 4 juillet 2019
Jean-Louis Aubert en concert à Hauterives (Drôme) le 4 juillet 2019 (STEPHANE MARC / MAXPPP)

Jean-Louis Aubert revient avec un double album, 22 chansons : “Des choses qui sortent du cœur, un peu d’intelligence quelquefois et peut-être de l’âme mais on n’utilise plus ce mot-là, je crois qu’il a été interdit d’antenne”.

Sauter les haies de la vie, ça maintient ” d’après Jean-Louis Aubert, qui explique que la sensibilité qui se révèle à l’écoute de ses nouvelles chansons, après une vie très rock’n’roll et énergivore, vient du public : “Vous nous donnez de quoi regarder, guetter, rêver”.

Qu’il devienne musicien n’est pas du goût de sa famille mais l’histoire de son père, prisonnier dans un camp pendant la Seconde Guerre mondiale pendant cinq ans, l’a peut-être inconsciemment guidé vers cette discipline artistique : “Je crois que je portais en moi un désir”. Jean-Louis Aubert raconte “après avoir enquêté” que son père, enfermé, fait du spectacle et de la musique et devient “le chouchou de son camp”. Jean-Louis Aubert, à l’adolescence, se sent peu en adéquation avec le pays ou encore la société dans lesquels il grandit et fait de la musique : “Moi aussi, j’ai fait de la musique et je suis devenu le chouchou de mon camp”.

Dans sa jeunesse, il intègre les Scouts de France malgré son fort caractère. “On nous laissait en forêt, avec une boussole, un groupe de quatre. J’ai adoré ce conte de fée car on avait peur et au bout d’un moment, on était bien dans la nature, sur la mousse avec la pluie sur nos visages”. Mais en arrivant à Paris, c’est le décalage. Il continue de cavaler partout sauf que cela ne passe pas inaperçu : “Tout le monde y prêtait attention surtout quand je commençais à grimper sur les toits, à voler les clefs des sous-sols, j’étais vraiment une petite souris”.

Cet esprit de groupe, d’équipe, voire de famille qu’il avait retrouvé chez les scouts, c’est ce qu’il cherche à recréer au travers de ses groupes notamment avec Louis Bertignac et Richard Kolinka, ses complices de Téléphone .

Tous, on était dans la même problématique, c’est-à-dire qu’est-ce qu’on va faire de nos vies puisqu’on ne veut faire que de la musique ? 

Jean-Louis Aubert

à franceinfo

Ne rencontrant pas un style de musique qui lui correspond en France, Jean-Louis Aubert s’envole pour les Etats-Unis et part en Californie en auto-stop en imaginant faire fortune. Il en revient sans chaussures mais heureux : “C’est au bout du monde que je me suis trouvé moi-même”.

Son premier groupe s’appelle Masturbation (1970), puis un deuxième Sémolina (1975). C’est en 1976 que naît Téléphone formé avec Louis Bertignac, Corine Marienneau et Richard Kolinka.

Et pour la grande histoire de la musique, le premier titre de ce nouveau double album intitulé Ne m’enferme pas est la première chanson qu’il ait écrite et fait écouter à Richard Kolinka. Editée après 50 ans d’une riche, longue et belle carrière, il explique qu’il ne la chantera pas à l’époque car elle évoque un “Jean-Louis” et cela ne lui semble pas compatible avec un groupe. Jean-Louis Aubert évoque cette chanson comme fil conducteur dans sa vie professionnelle : “C’est curieux parce que ça va très bien avec cette conversation, ce fil dans le temps, il y a une conversation entre celui qui a écrit cette chanson qui avait l’air d’être vieux et celui qui a 64 ans et qui est encore un enfant à l’intérieur de lui”.

Warner Music France

La mélodie, les harmonies, les mots, autant d’ingrédients pour l’écriture de chansons qui l’ont peut-être sauvé. A l’écoute de ses nouvelles chansons on devine une forme de tristesse, de solitude mais il s’en défend : “Je ne me trouve pas triste du tout, je ne la connais pas trop cette tristesse. La solitude je l’adore mais il ne faut pas qu’elle soit liée à l’isolement. Seul vous êtes super bien quand vous savez que vous êtes aimé” conclut-il en riant.

L’amour, c’est l’alliance des solitudes

Jean-Louis Aubert

à franceinfo

Jean-Louis Aubert sera sur scène au Bataclan puis en tournée dans toute la France, l’occasion pour lui de vivre le présent : “La scène est merveilleuse car elle nous fait descendre dans le présent”. Depuis 50 ans, il entre sur scène comme s’il allait mourir ce soir-là, un peu moins depuis la naissance de son fils. Quant à la mort, elle ne lui fait pas aussi peur que ça mais “attendons de voir”.

Warner Music France

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